Depuis plusieurs années, particulièrement depuis l’année 2009 qui avait vu la mort de près de 800 personnes à la suite d’une série d’affrontements et d’attaques contre des bâtiments gouvernementaux et des postes de police par des membres de la secte islamique Boko Haram, en représailles notamment au décès en détention de leur chef spirituel, Mohammed Yusuf, le mouvement, guidée non seulement par sa volonté de voir la loi islamique appliquée d’une manière plus stricte dans les Etats du Nord du pays à majorité musulman (1), a été à l’origine d’une situation d’instabilité, d’insécurité et de quasi insurrection dans le septentrion nigérian.

La mise en œuvre de la volonté de la secte s’est ainsi illustrée par des attaques répétées contre tout ce qui était perçu comme représentant un obstacle à la mise en œuvre de cette vision fondamentalisme, notamment les symboles de l’Etat fédéral, particulièrement les forces de sécurité (postes de police et casernes militaires), les lieux perçus comme des endroits de perdition et de péchés comme les bars et les personnes qui s’y trouvaient (y compris des joueurs de cartes) ou encore les lieux de culte de non-Musulmans. La secte s’est également attaquée à des banques, à des marchés et à des universités. L’attentat perpétré le 26 août 2011 contre le siège de l’ONU à Abuja, la capitale fédérale, loin de sa champ d’action géographique habituel, a semble-t-il constitué une étape supplémentaire dans les objectifs et les cibles de la secte.

2011: début de l’escalade ?

L’année 2011 a été marquée par une radicalisation encore plus forte du mouvement, multipliant la fréquence et accentuant la violence des attaques et attentats à lui attribués ou expressément revendiqués par des personnes se présentant comme ses porte-parole; actes qui ont également marqué une sophistication des tactiques et modus operandi (2). La radicalisation du mouvement est ainsi allée de pair avec une défiance encore plus grande vis-à-vis des autorités fédérales. Bien que majoritairement localisés dans la partie Nord-est du pays, fief traditionnel de la secte, les attaques et heurts se sont également étendus à d’autres régions du pays, notamment à certaines villes du Centre et du Sud. Comme évoqué plus haut, l’attaque du siège de l’ONU dans la capitale représente un fait marquant de l’évolution du mouvement.

Petit florilège des attaques et attentats qui se sont succédés tout au long de l’année 2011 pour s’intensifier vers sa fin (3), conduisant à une situation particulièrement tendue, voire explosive en ce début 2012.

Des accrochages entre éléments de la secte et forces de sécurité, attaques et attentats suicide ont caractérisé le mois de septembre 2011; ce fut notamment le cas le 1er septembre 2011 avec des échanges de tirs entre soldats nigérians et membres de la secte à Song, dans l’Etat de l’Adamaoua; échanges ayant entraîné la mort d’un membre de la secte et la capture d’un autre blessé. Le 4 septembre, c’est un religieux musulman qui était tué pas deux hommes de la secte dans la ville de Maiduguri.

Le 1er octobre 2011, tandis que deux marchands étaient victimes d’une attaque dans le marché de Baga, à Maiduguri, trois autres périssaient dans une fusillade suivant un attentat à la bombe et une fusillade contre un véhicule de patrouille militaire dans la même ville du Nord-est. Le 3 octobre 2011 le même marché de Maiduguri était le lieu d’une nouvelle attaque de la secte, faisant trois morts.

Le 7 juin 2011, des attaques contre une église et deux postes de police à Maiduguri, également attribués à Boko Haram, ont fait au moins quatorze morts. Le 16 juin, c’est le quartier général national de la police à Abuja qui était l’objet d’une attaque par le biais d’un véhicule piégé (la première fois qu’un tel moyen était utilisé par la secte); attaque qui a fait deux morts. Le 20 juin 2011, ce sont sept personnes qui ont trouvé la mort dans des attaques armées et à la bombe contre un poste de police et une banque à Kankara, dans l’Etat de Katsina. Le 27 juin 2011 une attaque et un attentat contre un bar à Maiduguri ont fait 25 morts et une douzaine de blessés.

Le 26 août 2011, le groupe terroriste s’attaquait, à l’aide d’une voiture piégée, au siège de l’ONU à Abuja, faisant 25 morts et plus de 80 blessés. La veille, le 25 août, ce sont des attaques armés et à la bombe contre deux postes de police et deux banques qu’on enregistrait dans la ville de Gombi, dans l’Etat de l’Adamaoua; attaques ayant fait seize morts, dont sept policiers. Cet attentat a représenté une évolution majeure dans le combat mené par la secte qui s’est attaquée pour la première fois à une cible internationale. Ainsi, dans un message vidéo ayant été diffusé quelques semaines après l’attentat, l’auteur a qualifié l’ONU comme un forum pour "all global evil" et décrit l’attaque comme un "signal envoyé aux Etats-Unis et aux autres infidèles" (4).

Le 4 novembre 2011 des kamikazes se sont attaqués à une base militaire à Maiduguri, sur laquelle avait été déployée une unité spéciale de l’armée chargée de rétablir l’ordre dans la ville. Le même jour ce sont un poste de police et le quartier général des services secrets qui faisaient l’objet d’attaques. Des églises ont également été ciblées, faisant 150 victimes et des centaines de blessés.

Au cours du week-end du 17-18 décembre 2011 deux attentats attribués à la secte Boko Haram et toujours contre des symboles sécuritaires de l’Etat ont été menés. Par ailleurs, une fusillade a eu lieu entre la police et des membres de la secte dans la ville de Kano, dans le Nord du pays. A la suite de ces affrontements, celui qui a été présenté par les autorités nigérianes comme le chef de la secte (une nouvelle recrue selon la secte), Mohammed Aiyu, connu sous le nom de Hamza, a été arrêté (5).

La fin de l’année a été particulièrement violente et meurtrière. Le 22 décembre, trois villes du nord du Nigeria, Maiduguri, Damaturu et Potiskum, ont ainsi été marquées par des explosions et des échanges de tirs; les forces de sécurité ayant une fois de plus été la cible de la secte (6).

Le 25 décembre plusieurs attentats ont frappé des églises dans le Nord-est et le reste du pays, faisant près de 40 morts. 30 morts ont notamment été enregistrés à l’extérieur d’une église catholique à Madalla, une banlieue de la capitale Abuja. Une église a également été visée dans la ville de Jos, dans le Centre du pays. Dans le Nord-est du pays, ce sont des bureaux des services de renseignements de la police nigériane qui ont été visés par un kamikaze (7). Les évènements meurtriers de ce Noël ont relancé ou font craindre la relance du cycle de violences, y compris interreligieuses. A ce titre, des violences antichrétiennes se sont poursuivies le 26 décembre 2011 dans le Nord-est du pays où des magasins tenus par des chrétiens ont été incendiés.

Tout au long de l’année 2011, ce sont ainsi des centaines de personnes qui ont fait les frais du fondamentalisme et du radicalisme de la secte Boko Haram à l’endroit des forces de sécurité et de certaines populations du pays.

Par ailleurs, en plus de la radicalisation du mouvement, les suspicions et informations faisant état de liens entre Boko Haram et Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) (8), sont de nature à susciter une plus grande inquiétude. Elles appellent plus que jamais à une réponse nationale, sous-régionale, voire continentale urgente. Il faudrait à ce titre que non seulement des stratégies, mais aussi et surtout des actions concrètes soient mises en œuvre afin d’apporter les réponses idoines et d’empêcher que le pire des scénarios ne se réalisent, avec par exemple l’établissement d’un arc islamiste qui parcourrait toute la bande sahélo-saharienne de l’Ouest à l’Est du continent, ébranlant au passage un certain nombre de pays ou partie d’entre eux. Cette nécessité est renforcée par les informations faisant état de tentatives d'infiltration ou d'infiltrations de membres de la secte Boko Haram dans le Nord du Cameroun (9), suite à la traque dont ils font l'objet au Nigeria.

Quelles perspectives de solution à la menace Boko Haram ?

Face à l’aggravation de la situation, la réaction des autorités nigérianes a varié entre opérations sécuritaires visant à accroitre la présence militaire dans les zones du Nord du pays concernés par les agissements de la secte, à démanteler son arsenal et à arrêter certains de ses membres et tentatives de dialogue sur lesquelles on n'en sait pas plus.

Après la vague d’attentats et d'attaques armées de la fin 2011 et en réponse à la menace de plus en plus évidente que fait planer Boko Haram sur la sécurité, la stabilité, l’unité et l’ordre social du pays, le Président Goodluck Jonathan a déclaré l’état d’urgence dans les Etats du Nord-est et du Centre-ouest du pays, touchés par les violences. Il a également été décidé la fermeture des frontières avec les pays voisins des zones concernées, autrement dit avec le Niger, le Tchad et le Cameroun, afin de couper toute retraite possible aux combattants de la secte, de limiter leur mouvement (et partant leurs agissements l’espéraient les autorités nigérianes) et de les contenir à l’intérieur des frontières nationales; ce qui devraient faciliter la neutralisation complète de ce que le Président Jonathan a qualifié de "cancer".

Face aux peu de résultats significatifs observés à ce jour dans la réponse sécuritaire contre le mouvement islamiste, si ce n’est d’engendrer une escalade encore plus significative de ses attaques, présentées par le mouvement comme des actes de représailles aux actions des forces sécuritaires, qualifiées de "persécution", et à une réaction sécuritaire encore plus musclée, peut se poser la question de savoir quelle est la meilleure stratégie à adopter compte tenu de l’aggravation de la situation et de l’existence de nombreux facteurs (locaux, régionaux, nationaux et sous-régionaux pour certains) politique, socio-économique, sécuritaire, qui semblent sous-tendre la persistance, le développement et même l’intensification de la menace posée par Boko Haram.

Du point de vue sécuritaire, malgré la constitution et la présence dans le Nord d’une Joint Task Force spéciale chargée de combattre la secte, les forces de sécurité nigérianes disposeraient de capacités limitées. Par ailleurs, des problèmes se seraient posés avec la paie des soldats, ce qui aurait contribué à saper leur moral (10). Certains observateurs croient également avoir perçu une sorte de désœuvrement des forces sécuritaires nigérianes face à ce mouvement sur lequel assez peu est connu, notamment sur sa structuration effective, si tant est qu’il soit structuré. Le fait qu'il opère principalement dans des zones majoritairement musulmanes, bénéficiant d’une certaine solidarité de la part d’une partie de la population locale (11), notamment du fait des méthodes jugées trop musclées et abusives des forces de sécurité ayant conduit ces dernières à s’aliéner une partie de la population, n’est pas pour arranger la capacité d’action ainsi que l’efficacité des forces de sécurité.

Outre le fait que la secte Boko Haram s’apparente de plus en plus à une sorte d’hydre difficile à saisir, et par conséquent à vaincre, on évoque aussi de plus en plus des complicités entre le mouvement et des personnes travaillant au sein des institutions fédérales (12) ou des hommes politiques du Nord du pays ou son instrumentalisation par ces derniers dans une volonté de remettre en cause la présente à la tête du pays d’un Chrétien et de surcroit originaire du Sud. L’un des objectifs de l’implication d’hommes politiques serait de rendre la situation tellement explosive qu’elle rendrait le pays ingouvernable, fragilisant au passage significativement le Président actuel; l’idée étant que le pouvoir revienne à une personnalité du Nord. Mais ce pari, s’il s’avérait fondé, pourrait bien s’apparenter, pour les éventuels comploteurs nordistes, à l’ouverture de la boîte de pandore qui pourrait aboutir sur une situation sur laquelle plus personne n’aurait le contrôle.

L’importance accordée et la réaction apportée par les autorités nigérianes à la menace posée depuis plusieurs années par la secte Boko Haram ont été jugées par plusieurs observateurs comme insuffisantes, s’étant précisément caractérisées par une mauvaise appréciation de la dangerosité de la situation et de ses risques pour la stabilité du pays. C’est notamment le manque de fermeté des autorités nigérianes et en premier lieu celui du Président Jonathan dont il est ici question. Bien qu’il y ait eu une réponse sécuritaire et militaire, force est de constater que celle-ci n’a pas brillé par une grande efficacité.

La capacité de réaction des autorités nigérianes et leur efficacité dans la neutralisation du mouvement ou tout au moins dans la recherche d’une solution à cette menace (13) de plus en plus sérieuse représentera l’un des défis majeurs auquel est confronté le pays pour les semaines à venir. Leur réaction sera ainsi particulièrement observée au cours de l’année 2012 pour éviter que le Nigeria ne s’embrasse totalement.

On peut à cet effet s’interroger si, face au radicalisme de ce mouvement et à son agenda politique et social, les autorités nigérianes ont une autre réponse à apporter, si ce n’est celle sécuritaire; un réel dialogue est-il possible avec un mouvement de cette nature ? Malgré les tentatives de dialogue déjà entreprises, il semblerait que les conditions ne soient pas véritablement réunies pour le mener à bout. Encore faudrait-il savoir si elles ont été bien conçues et efficacement mise en œuvre jusqu’au bout. Quel espace de dialogue est-il possible d’octroyer au mouvement Boko Haram ? En l’absence de dialogue, serait-il possible de vaincre ou tout au moins de contenir la menace posée à la stabilité et à l’intégrité du Nigeria par la seule voie sécuritaire ? Sur qu’elle base négocier et que négocier ? Avec qui négocier ?

Quelque soit les réponses à ces interrogations, compte tenu de l’évolution actuelle de la situation il parait plus que nécessaire que les autorités nigérianes revoient leur approche et les réponses à apporter. Il n’est à ce titre pas certain qu’une solution uniquement sécuritaire puisse être véritablement et durablement efficace. Il serait nécessaire, dans la mesure du possible, d’envisager un dialogue avec la secte, cela malgré les interrogations soulevées plus haut. Bien que les contextes et la nature des deux mouvements soient sensiblement différents, le fait que les succès relatifs du tout sécuritaire dans la lutte contre les Taliban en Afghanistan aient semblent-ils conduit les autorités afghanes et américaines à envisager des négociations avec le mouvement fourni une indication sur ce vers quoi devra probablement tendre les efforts visant à calmer ou à mettre un terme à la menace croissante de Boko Haram. A ce titre, il serait nécessaire, d’aller au-delà de la vision traditionnelle de la secte en tant que mouvement fanatique, pour analyser les différents facteurs politiques, socio-économiques et religieux qui sous-tendent sa vision et ses agissements. C’est sans doute la raison pour laquelle un certain nombre d’observateurs et de commentateurs nigérians ont évoqué la nécessité d’organiser des assises nationales afin de discuter de toutes les dimensions du problème, notamment celles relevant de la gestion politique du pays, du modèle laïc nigérian, de la place de la religion et précisément des différentes visions qui notamment traversent l'Islam nigérian et des conditions socio-économiques qui fragilisent le tissu social du pays et sert, entre autres, de terreau au développement d'un radicalisme dans le Nord du pays.

Dans la mesure où une option négociée ne serait pas possible dans un premier temps et qu’il faille d’abord fragiliser la secte pour limiter ses agissements, une réponse sécuritaire ferme et bien pensée s’avèrera plus que nécessaire. Toutefois, cette dernière se doit de respecter un certain nombre de règles et principes de l’état de droit; il est ainsi nécessaire que les forces de sécurité ne s’adonnent pas à une répression brutale et aveugle. Comme de nombreux analystes l’ont souligné (14), l’amélioration du renseignement devrait également faire partie de la réponse sécuritaire. Un meilleur renseignement pourra ainsi permettre de mieux cerner la nature du mouvement, sa structure, son mode de fonctionnement, ses membres, ses buts et ses stratégies. Les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne et le Pakistan se sont déjà montrés disposés à assister le Nigéria dans ce domaine.

Toujours sur le plan de la coopération, la concertation naissante entre les pays frontaliers des Etats nigérians au sein desquels opère Boko Haram, à savoir le Cameroun, le Niger et le Tchad, est à cet effet un premier pas encourageant; reste encore à l’intensifier et surtout à la rendre aussi effective et efficace sur le terrain que possible. Sur ce plan, la rencontre des Chefs d’Etat-major de la CEDEAO qui a eu lieu le 4 octobre 2011 à Abuja (Nigeria) afin notamment d’évoquer la menace posée par la secte Boko Haram sur la stabilité dans la sous-région représente également un élément positif. Il faudrait cependant espérer que ces premiers pas ne soient pas suivis des mêmes atermoiements qu’on a observés de la part des pays du Sahel dans la nécessaire coopération régionale qui doit se mettre en œuvre dans la lutte contre AQMI; coopération qui pendant très longtemps est restée ineffective, permettant à AQMI de profiter des limites et maillons faibles du dispositif pour continuer à opérer et à prospérer.

Ce début d’année 2012 est plus que préoccupant en ce qui concerne les agissements de la secte Boko Haram dans le pays et dans les pays voisins et surtout leurs conséquences. L’évolution à laquelle on est en train d’assister, à la suite notamment de l’ultimatum lancé par la secte à tous les Chrétiens résidant au Nord de quitter la région, avec un début de violences interconfessionnelles, précisément des attaques contre des Chrétiens au Nord et contre des Musulmans au Sud, est de nature à susciter des inquiétudes plus que fondées. La conjonction avec des troubles sociaux actuels, sur fond de hausse des prix du pétrole, n’est pas pour arranger les choses.

Par William Assanvo

Illustrations: Leader présumé de la secte Boko Haram, Iman Abubakar Shekau/Youtube. Carte de Nigeria/Wikipedia.

NOTES

1. Sur les 36 Etats que compte la Fédération du Nigeria, 12 ont adopté la loi islamique, la Charia.

2. Pour un aperçu de l’évolution des tactiques voir Scott Stewart. "The Rising Threat from Nigeria’s Boko Haram Militant Group", STRATFOR, November 10, 2011. http://www.stratfor.com/weekly/20111109-rising-threat-nigerias-boko-haram-militant-group?utm_source=freelist-f&utm_medium=email&utm_campaign=111110&utm_term=sweekly&utm_content=readmore&elq=260885428f094a45b9018a9b55fd1f71 et "Boko Haram: Emerging Threat to the US Homeland", US House of Representatives, Committee on homeland Security, Sub-committee on Counterterrorism and Intelligence, November 30, 2011, pp. 13-14.

3. Pour un historique du mouvement et un aperçu plus complet des actes ayant été attribués à la secte Boko Haram voir IRIN, "Nigeria: Timeline of Boko Haram activity", 7 October 2011. http://www.irinnews.org/report.aspx?reportID=93909.

4. “Nigeria UN bomb: Video of ‘Boko Haram’ bomber released,” BBC News, September 18, 2011. http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-14964554.

5. "Nigeria arrests Boko Haram ‘leader’", AfricaNews, 19 December 2011. http://www.africanews.com/site/Nigeria_arrests_Boko_Haram_leader/list_messages/40682.

6. AFP, "Nigeria: trois villes du Nord secouées par des explosions et des tirs", 22 décembre 2011. http://www.africa1.com/spip.php?article17303.

7. RFI, "La secte Boko Haram revendique les attentats de Noël au Nigeria", 26 décembre 2011. http://www.rfi.fr/afrique/20111225-secte-boko-haram-revendique-attentats-noel-nigeria.

8. Boko Haram revendique ouvertement son affiliation à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et ses tactiques de guérilla se perfectionnent de plus en plus, se rapprochant à certains égards de celles utilisées par certains éléments se réclamant de la mouvance Al-Qaida, ce qui attesterait de liens effectifs entre les deux organisations. A ce titre, le Vice-ministre algérien des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, a déclaré le 9 janvier 2012 à Alger que "la secte islamiste nigériane Boko Haram (…) coordonne ses opérations avec le réseau Al Qaïda, selon des rapports de services de renseignement. Nous avons acquis la certitude qu’il y a coordination entre Boko Haram et Al Qaïda. La façon dont les deux organisations opèrent et les rapports des services de renseignement montrent qu’il y a bien coopération". D’autres sources, notamment au sein du Commandement militaire américain en Afrique (AFRICOM), par la voix de son Commandant Adjoint pour les Activités Civilo-Militaires, l’Ambassadeur Anthony Holmes, ont fait état de liens entre Boko Haram, AQMI (certains membres de Boko Haram ayant reçu un entraînement donné par AQMI) et les milices Shebab en Somalie, Cf. "Al Qaeda-linked group finds fertile territory in Nigeria as killings escalate,” Paul Cruickshank and Tom Lister, CNN, November 18, 2011, page. 2. http://articles.cnn.com/2011-11-18/africa/world_africa_nigeria-militants_1_boko-haram-maiduguri-nigerian-state/2?_s=PM:AFRICA, David Lewis, "Al Qaeda influence growing south of the Sahara", Reuters Africa, 8 septembre 2011 et interview de Mathieu Guidère, spécialiste d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, RFI, 6 août 2011. http://www.rfi.fr/emission/20110806-mathieu-guidere-specialiste-al-qaida-maghreb-islamique. Sur l’évolution de la collaboration de la secte avec d’autres mouvements terroristes voir aussi "Boko Haram: Emerging Threat to the US Homeland", US House of Representatives, Committee on homeland Security, Sub-committee on Counterterrorism and Intelligence, November 30, 2011, pp. 14-16.

9. Solomon Tembang Mforgham, "Boko Haram infiltrates Cameroon", AfricaNews, 11 January 2012, http://www.africanews.com/site/Boko_Haram_infiltrates_Cameroon/list_messages/40827.

10. Ce qui explique sans doute l’appel lancé à la population par le Président Jonathan, à la suite de la vague d’attentats de Noël, afin qu’elle condamne unanimement et s’oppose aux actions de la secte. Voir aussi “In Nigeria’s northeast, some sympathy for Islamists,” Joe Brock, Reuters, November 14, 2011. http://in.reuters.com/article/2011/11/14/idINIndia-60515120111114.

11. Le Président Jonathan évoquait le 9 janvier 2012 dans son adresse à la nation des soutiens dans la branche exécutive du gouvernement, au parlement ou dans le système judiciaire.

12. Ainsi qu’à de nombreux autres problèmes socio-économiques.

13. “Analysis: What can be done about Nigeria’s Boko Haram militants?”, IRIN, 13 January 2012.

BOKO HARAM
Depuis plusieurs années, particulièrement depuis l’année 2009 qui avait vu la mort de près de 800 personnes à la suite d’une série d’affrontements et d’attaques contre des bâtiments gouvernementaux et des postes de police par des membres de la secte islamique Boko Haram, en représailles notamment au décès en détention de leur chef spirituel, Mohammed Yusuf, le mouvement, guidée non seulement par sa volonté de voir la loi islamique appliquée d’une manière plus stricte dans les Etats du Nord du pays à majorité musulman , a été à l’origine d’une situation d’instabilité, d’insécurité et de quasi insurrection dans le septentrion nigérian.
La mise en œuvre de la volonté de la secte s’est ainsi illustrée par des attaques répétées contre tout ce qui était perçu comme représentant un obstacle à la mise en œuvre de cette vision fondamentalisme, notamment les symboles de l’Etat fédéral, particulièrement les forces de sécurité (postes de police et casernes militaires), les lieux perçus comme des endroits de perdition et de péchés comme les bars et les personnes qui s’y trouvaient (y compris des joueurs de cartes) ou encore les lieux de culte de non-Musulmans. La secte s’est également attaquée à des banques, à des marchés et à des universités. L’attentat perpétré le 26 août 2011 contre le siège de l’ONU à Abuja, la capitale fédérale, loin de sa champ d’action géographique habituel, a semble-t-il constitué une étape supplémentaire dans les objectifs et les cibles de la secte.
2011: début de l’escalade/l’embrassement ?
L’année 2011 a été marquée par une radicalisation encore plus forte du mouvement, multipliant la fréquence et accentuant la violence des attaques et attentats à lui attribués ou expressément revendiqués par des personnes se présentant comme ses porte-parole; actes qui ont également marqué une sophistication des tactiques et modus operandi . La radicalisation du mouvement est ainsi allée de pair avec une défiance encore plus grande vis-à-vis des autorités fédérales. Bien que majoritairement localisés dans la partie Nord-est du pays, fief traditionnel de la secte, les attaques et heurts se sont également étendus à d’autres régions du pays, notamment à certaines villes du Centre et du Sud. Comme évoqué plus haut, l’attaque du siège de l’ONU dans la capitale représente un fait marquant de l’évolution du mouvement.
Petit florilège des attaques et attentats qui se sont succédées tout au long de l’année 2011 pour s’intensifier vers sa fin , conduisant à une situation particulièrement tendue, voire explosive en ce début 2012.
Des accrochages entre éléments de la secte et forces de sécurité, attaques et attentats suicide ont caractérisé le mois de septembre 2011; ce fut notamment le cas le 1er septembre 2011 avec des échanges de tirs entre soldats nigérians et membres de la secte à Song, dans l’Etat de l’Adamaoua; échanges ayant entraîné la mort d’un membre de la secte et la capture d’un autre blessé. Le 4 septembre, c’est un religieux musulman qui était tué pas deux hommes de la secte dans la ville de Maiduguri.
Le 1er octobre 2011, tandis que deux marchands étaient victimes d’une attaque dans le marché de Baga, à Maiduguri, trois autres périssaient dans une fusillade suivant un attentat à la bombe et une fusillade contre un véhicule de patrouille militaire dans la même ville du Nord-est. Le 3 octobre 2011 le même marché de Maiduguri était le lieu d’une nouvelle attaque de la secte, faisant trois morts.
Le 7 juin 2011, des attaques contre une église et deux postes de police à Maiduguri, également attribués à Boko Haram, ont fait au moins quatorze morts. Le 16 juin, c’est le quartier général national de la police à Abuja qui était l’objet d’une attaque par le biais d’un véhicule piégé (la première fois qu’un tel moyen était utilisé par la secte); attaque qui a fait deux morts. Le 20 juin 2011, ce sont sept personnes qui ont trouvé la mort dans des attaques armées et à la bombe contre un poste de police et une banque à Kankara, dans l’Etat de Katsina. Le 27 juin 2011 une attaque et un attentat contre un bar à Maiduguri ont fait 25 morts et une douzaine de blessés.
Le 26 août 2011, le groupe terroriste s’attaquait, à l’aide d’une voiture piégée, au siège de l’ONU à Abuja, faisant 25 morts et plus de 80 blessés. La veille, le 25 août, ce sont des attaques armés et à la bombe contre deux postes de police et deux banques qu’on enregistrait dans la ville de Gombi, dans l’Etat de l’Adamaoua; attaques ayant fait seize morts, dont sept policiers. Cet attentat a représenté une évolution majeure dans le combat mené par la secte qui s’est attaquée pour la première fois à une cible internationale. Ainsi, dans un message vidéo ayant été diffusé quelques semaines après l’attentat, l’auteur a qualifié l’ONU comme un forum pour "all global evil" et décrit l’attaque comme un "signal envoyé aux Etats-Unis et aux autres infidèles" .
Le 4 novembre 2011 des kamikazes se sont attaqués à une base militaire à Maiduguri, sur laquelle avait été déployée une unité spéciale de l’armée chargée de rétablir l’ordre dans la ville. Le même jour ce sont un poste de police et le quartier général des services secrets qui faisaient l’objet d’attaques. Des églises ont également été ciblées, faisant 150 victimes et des centaines de blessés.
Au cours du week-end du 17-18 décembre 2011 deux attentats attribués à la secte Boko Haram et toujours contre des symboles sécuritaires de l’Etat ont été menés. Par ailleurs, une fusillade a eu lieu entre la police et des membres de la secte dans la ville de Kano, dans le Nord du pays. A la suite de ces affrontements, celui qui a été présenté par les autorités nigérianes comme le chef de la secte (une nouvelle recrue selon la secte), Mohammed Aiyu, connu sous le nom de Hamza, a été arrêté .
La fin de l’année a été particulièrement violente et meurtrière. Le 22 décembre, trois villes du nord du Nigeria, Maiduguri, Damaturu et Potiskum, ont ainsi été marquées par des explosions et des échanges de tirs; les forces de sécurité ayant une fois de plus été la cible de la secte .
Le 25 décembre plusieurs attentats ont frappé des églises dans le Nord-est et le reste du pays, faisant près de 40 morts. 30 morts ont notamment été enregistrés à l’extérieur d’une église catholique à Madalla, une banlieue de la capitale Abuja. Une église a également été visée dans la ville de Jos, dans le Centre du pays. Dans le Nord-est du pays, ce sont des bureaux des services de renseignements de la police nigériane qui ont été visés par un kamikaze . Les évènements meurtriers de ce Noël ont relancé ou font craindre la relance du cycle de violences, y compris interreligieuses. A ce titre, des violences antichrétiennes se sont poursuivies le 26 décembre 2011 dans le Nord-est du pays où des magasins tenus par des chrétiens ont été incendiés.
Tout au long de l’année 2011, ce sont ainsi des centaines de personnes qui ont fait les frais du fondamentalisme et du radicalisme de la secte Boko Haram à l’endroit des forces de sécurité et de certaines populations du pays.
Par ailleurs, en plus de la radicalisation du mouvement, les suspicions et informations faisant état de liens entre Boko Haram et Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) , sont de nature à susciter une plus grande inquiétude. Elles appellent plus que jamais à une urgente réponse nationale, sous-régionale, voire continentale. Il faudrait à ce titre que non seulement des stratégies, mais aussi et surtout des actions concrètes soient mises en œuvre afin d’apporter les réponses idoines et d’empêcher que le pire des scénarios ne se réalisent, avec notamment l’établissement d’un arc islamique qui parcourrait toute la bande sahélo-saharienne de l’Ouest à l’Est du continent, ébranlant au passage un certain nombre de pays ou partie d’entre eux.
Quelles réponses à la menace Boko Haram ?
Face à l’aggravation de la situation, la réaction des autorités nigérianes a varié entre opérations sécuritaires visant à accroitre la présence militaire dans les zones du Nord du pays concernés par les agissements de la secte, à démanteler son arsenal et à arrêter certains de ses membres et tentatives de dialogue.
Après la vague d’attentats de la fin 2011 et en réponse à la menace de plus en plus évidente que faisait planer Boko Haram sur la sécurité, la stabilité, l’unité et l’ordre social du pays, le Président Goodluck Jonathan a déclaré l’état d’urgence dans les Etats du Nord-est et du Centre-ouest du pays, touchés par les violences. Il a également été décidé la fermeture des frontières avec les pays voisins des zones concernées, autrement dit avec le Niger, le Tchad et le Cameroun, afin de couper toute retraite possible aux combattants de la secte, de limiter leur mouvement (et partant leurs agissements l’espéraient les autorités nigérianes) et de les contenir à l’intérieur des frontières nationales; ce qui devraient faciliter la neutralisation complète du mouvement qualifié par le Président Jonathan de "cancer".
Face aux peu de résultats significatifs observés à ce jour dans les actions sécuritaires contre le mouvement islamiste, si ce n’est d’engendrer une escalade encore plus significative de ses attaques, se présentant comme des actes de représailles aux actions des forces sécuritaires, qualifiées de "persécution" par le mouvement, et à une réaction sécuritaire encore plus musclée, peut se poser la question de savoir quelle est la meilleure stratégie à adopter compte tenu de l’aggravation de la situation et de l’existence de nombreux facteurs (locaux, régionaux, nationaux et sous-régionaux pour certains) politique, socio-économique, sécuritaire, qui semblent sous-tendre la persistance, le développement et même l’intensification de la menace posée par Boko Haram.
Du point de vue sécuritaire, malgré la constitution et la présence dans le Nord d’une Joint Task Force spéciale chargée de combattre la secte, les forces de sécurité nigérianes disposeraient de capacités limitées. Par ailleurs, des problèmes se seraient posés avec la paie des soldats, ce qui aurait contribué à saper leur moral . Certains observateurs croient également avoir perçu une sorte de désœuvrement des forces sécuritaires nigérianes face à ce mouvement sur lequel assez peu serait connu, notamment sur sa structuration effective, si tant est qu’il soit structuré. Le fait que le mouvement opère principalement dans des zones majoritairement musulmanes, bénéficiant d’une certaine solidarité de la part d’une partie de la population locale,  notamment à cause des méthodes jugées trop musclées et abusives des forces de sécurité ayant conduit ces dernières à s’aliéner une partie de la population, n’est pas pour arranger la capacité d’action ainsi que l’efficacité des forces de sécurité.
Outre le fait que la secte Boko Haram s’apparente de plus en plus à une sorte d’hydre difficile à saisir, et par conséquent à vaincre, on évoque aussi de plus en plus des complicités entre le mouvement et des personnes travaillant au sein des institutions fédérales  ou des hommes politiques du Nord du pays ou son instrumentalisation par ces derniers dans une volonté de remettre en cause la présente à la tête du pays d’un Chrétien et de surcroit originaire du Sud. L’un des objectifs de l’implication d’hommes politiques serait de rendre la situation tellement explosive qu’elle rendrait le pays ingouvernable, fragilisant au passage significativement le Président actuel; l’idée étant que le pouvoir revienne à une personnalité du Nord. Mais ce pari, s’il s’avérait fondé, pourrait bien s’apparenter à l’ouverture de la boîte de pandore qui pourrait aboutir sur une situation sur laquelle plus personne n’aurait le contrôle.
L’importance accordée et la réaction apportée par les autorités nigérianes à la menace posée depuis plusieurs années par la secte Boko Haram ont été jugées par plusieurs observateurs comme insuffisantes, s’étant précisément caractérisées par une mauvaise appréciation de la dangerosité de la situation et de ses risques pour la stabilité du pays. C’est notamment le manque de fermeté des autorités nigérianes et en premier lieu celui du Président Jonathan dont il est ici question. Bien qu’il y ait eu une réponse sécuritaire et militaire, force est de constater que celle-ci n’a pas brillé par une grande efficacité.
La capacité de réaction des autorités nigérianes et leur efficacité dans la neutralisation du mouvement ou tout au moins dans la recherche d’une solution à cette menace  de plus en plus sérieuse représentera l’un des défis majeurs auquel est confronté le pays pour les semaines à venir. Leur réaction sera ainsi particulièrement observée au cours de l’année 2012 pour éviter que le Nigeria ne s’embrasse totalement.
On peut à cet effet s’interroger si, face au radicalisme de ce mouvement et à son agenda politique et social, les autorités nigérianes ont une autre réponse à apporter, si ce n’est celle sécuritaire; un réel dialogue est-il possible avec ce mouvement ? Malgré les tentatives de dialogue déjà entreprises, il semblerait que les conditions ne soient pas véritablement réunies. Encore faudrait-il savoir si elles ont été bien conçues et efficacement mise en œuvre jusqu’au bout. Quel espace de dialogue est-il possible d’octroyer au mouvement Boko Haram ? En l’absence de dialogue, serait-il possible de vaincre ou tout au moins de contenir la menace posée à la stabilité et à l’intégrité du Nigéria par la seule voie sécuritaire ? Sur qu’elle base négocier et que négocier ? Avec qui négocier ?
Quelque soit les réponses à ces interrogations, compte tenu de l’évolution de la situation il parait plus que nécessaire pour les autorités nigérianes de revoir leur approche et les réponses à apporter. Il n’est à ce titre pas certain qu’une solution uniquement sécuritaire puisse être véritablement efficace. Il serait nécessaire, dans la mesure du possible, d’envisager un dialogue avec la secte, cela malgré les interrogations soulevées plus haut. Bien que les contextes et la nature des deux mouvements soient sensiblement différents, le fait que les succès relatifs du tout sécuritaire dans la lutte contre les Taliban en Afghanistan aient semblent-ils conduit les autorités afghanes et américaines à envisager des négociations avec le mouvement fourni une indication sur ce vers quoi devra probablement tendre les efforts visant à calmer ou à mettre un terme à la menace croissante de Boko Haram. A ce titre, il serait nécessaire, d’aller au-delà de la vision traditionnelle du fanatisme du mouvement, pour analyser les différents facteurs politiques, socio-économiques et religieux qui sous-tendent la vision et les agissements de la secte. C’est sans doute la raison pour laquelle un certain nombre d’observateurs et de commentateurs nigérians ont évoqué la nécessité d’organiser des assises nationales afin de discuter de toutes les dimensions du problème, notamment politiques, religieuses et sociales.
Au cas où une option négociée ne serait pas possible dans un premier temps et qu’il faille d’abord fragiliser la secte pour limiter ses agissements, une réponse sécuritaire ferme s’avèrera plus que nécessaire. Toutefois, cette dernière se doit de respecter un certain nombre de règles et principes de l’état de droit; il est ainsi nécessaire que les forces de sécurité ne s’adonnent pas à une répression brutale et aveugle. Comme de nombreux analystes l’ont souligné , l’amélioration du renseignement devrait également faire partie de la stratégie de lutte contre la secte, afin de mieux cerner sa nature, sa structure, son mode de fonctionnement, ses membres, ses buts et ses stratégies. Les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne et le Pakistan se sont déjà montrés disposés à assister le Nigéria dans ses efforts.
Sur un autre plan, la concertation naissante entre les pays frontaliers des Etats nigérians au cœur des actions de Boko Haram, à savoir le Cameroun, le Niger et le Tchad, est à cet effet un premier pas encourageant; reste encore à l’intensifier et surtout à la rendre aussi effective et efficace sur le terrain que possible. Sur ce plan, la rencontre des Chefs d’Etat-major de la CEDEAO qui a eu lieu le 4 octobre 2011 à Abuja (Nigeria) afin notamment d’évoquer la menace posée par la secte Boko Haram sur la stabilité dans la sous-région est également un élément positif. Il faudrait cependant espérer que ces premiers pas ne soient pas suivis des mêmes atermoiements qu’on a observés de la part des pays du Sahel dans la mobilisation et la nécessaire coopération régionale qui doit se mettre en œuvre dans la lutte contre AQMI; coopération qui pendant très longtemps est restée ineffective, permettant à AQMI de profiter des limites et maillons faibles du dispositif pour continuer à opérer sans soucis majeurs.
Ce début d’année 2012 est plus que préoccupant en ce qui concerne les agissements de la secte Boko Haram dans le pays et dans les pays voisins et surtout leurs conséquences. L’évolution à laquelle on est en train d’assister, à la suite notamment de l’ultimatum lancé par la secte à tous les Chrétiens résidant au Nord de quitter la région, avec un début de violences interconfessionnelles, précisément des attaques contre des Chrétiens au Nord et contre des Musulmans au Sud, est plus que préoccupante. La conjonction avec des troubles sociaux sur fond de hausse des prix du pétrole n’est pas pour arranger les choses.

NOTES
1. Sur les 36 Etats que compte la Fédération du Nigeria, 12 ont adopté la loi islamique, la Charia.
2. Pour un aperçu de l’évolution des tactiques voir Scott Stewart. "The Rising Threat from Nigeria’s Boko Haram Militant Group", STRATFOR, November 10, 2011. http://www.stratfor.com/weekly/20111109-rising-threat-nigerias-boko-haram-militant-group?utm_source=freelist-f&utm_medium=email&utm_campaign=111110&utm_term=sweekly&utm_content=readmore&elq=260885428f094a45b9018a9b55fd1f71 et "Boko Haram: Emerging Threat to the US Homeland", US House of Representatives, Committee on homeland Security, Sub-committee on Counterterrorism and Intelligence, November 30, 2011, pp. 13-14.
3. Pour un historique du mouvement et un aperçu plus complet des actes ayant été attribués à la secte Boko Haram voir IRIN, "Nigeria: Timeline of Boko Haram activity", 7 October 2011. http://www.irinnews.org/report.aspx?reportID=93909.
4. “Nigeria UN bomb: Video of ‘Boko Haram’ bomber released,” BBC News, September 18, 2011. http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-14964554.
5. "Nigeria arrests Boko Haram ‘leader’", AfricaNews, 19 December 2011. http://www.africanews.com/site/Nigeria_arrests_Boko_Haram_leader/list_messages/40682.
6. AFP, "Nigeria: trois villes du Nord secouées par des explosions et des tirs", 22 décembre 2011. http://www.africa1.com/spip.php?article17303.
7. RFI, "La secte Boko Haram revendique les attentats de Noël au Nigeria", 26 décembre 2011. http://www.rfi.fr/afrique/20111225-secte-boko-haram-revendique-attentats-noel-nigeria.
8. Boko Haram revendique ouvertement son affiliation à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et ses tactiques de guérilla se perfectionnent de plus en plus, se rapprochant à certains égards de celles utilisées par certains éléments se réclamant de la mouvance Al-Qaida, ce qui attesterait de liens effectifs entre les deux organisations. A ce titre, le Vice-ministre algérien des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, a déclaré le 9 janvier 2012 à Alger que "la secte islamiste nigériane Boko Haram (…) coordonne ses opérations avec le réseau Al Qaïda, selon des rapports de services de renseignement. Nous avons acquis la certitude qu’il y a coordination entre Boko Haram et Al Qaïda. La façon dont les deux organisations opèrent et les rapports des services de renseignement montrent qu’il y a bien coopération". D’autres sources, notamment au sein du Commandement militaire américain en Afrique (AFRICOM), par la voix de son Commandant Adjoint pour les Activités Civilo-Militaires, l’Ambassadeur Anthony Holmes, ont fait état de liens entre Boko Haram, AQMI (certains membres de Boko Haram ayant reçu un entraînement donné par AQMI) et les milices Shebab en Somalie, Cf. "Al Qaeda-linked group finds fertile territory in Nigeria as killings escalate,” Paul Cruickshank and Tom Lister, CNN, November 18, 2011, page. 2. http://articles.cnn.com/2011-11-18/africa/world_africa_nigeria-militants_1_boko-haram-maiduguri-nigerian-state/2?_s=PM:AFRICA, David Lewis, "Al Qaeda influence growing south of the Sahara", Reuters Africa, 8 septembre 2011 et interview de Mathieu Guidère, spécialiste d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, RFI, 6 août 2011. http://www.rfi.fr/emission/20110806-mathieu-guidere-specialiste-al-qaida-maghreb-islamique. Sur l’évolution de la collaboration de la secte avec d’autres mouvements terroristes voir aussi "Boko Haram: Emerging Threat to the US Homeland", US House of Representatives, Committee on homeland Security, Sub-committee on Counterterrorism and Intelligence, November 30, 2011, pp. 14-16.
9. Ce qui explique sans doute l’appel lancé à la population par le Président Jonathan, à la suite de la vague d’attentats de Noël, afin qu’elle condamne unanimement et s’oppose aux actions de la secte. Voir aussi “In Nigeria’s northeast, some sympathy for Islamists,” Joe Brock, Reuters, November 14, 2011. http://in.reuters.com/article/2011/11/14/idINIndia-60515120111114.
10. Le Président Jonathan évoquait le 9 janvier 2012 dans son adresse à la nation des soutiens dans la branche exécutive du gouvernement, au parlement ou dans le système judiciaire.
11. Ainsi qu’à de nombreux autres problèmes socio-économiques.
12. “Analysis: What can be done about Nigeria’s Boko Haram militants?”, IRIN, 13 January 2012.

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